Les chants Sacrés appelés « Bahjan » parlent bien souvent de la difficulté de rencontrer Dieu dans sa manifestation d’Amour pur. Les textes racontent la souffrance du chercheur Spirituel qui invoque le Divin ou Krishna, Shiva ou d’autres divinités. « Ô Krishna combien de vies me faudra-t-il encore pour qu’enfin je t’aperçoive, ne vois tu pas les larmes et la souffrance de ton fils qui t’implore, qu’ai-je fait pour mériter un tel supplice ? Ai pitié de moi je t’en prie et abreuve mon âme de ta compassion etc… » Ces chants portés par Amma sont très puissants et éveillent la dévotion envers Dieu.

C’est ce que j’ai vécu une fois de plus au matin de Noël. Lors de ma méditation du matin au bord de la plage, bercé par le doux son des vagues et caressé par la brise matinale, je me sentais plutôt heureux, les idées apaisées, le cœur en joie, le corps bien déployé dans la posture, c’était facile et léger. Progressivement ma conscience s’est immergée dans l’océan intérieur, les vagues de surface disparurent et je me suis trouvé devant une porte qui, je le ressentais, ouvrait vers l’espace infini empli de l’Amour pur tant convoité. Hélas je suis resté devant la porte, elle ne s’est pas ouverte. Même avec le temps je me suis retrouvé bloqué. C’est à ce moment que le chagrin, les pleurs, la souffrance sont apparus causés par la frustration de ne pas pouvoir accéder à ce qui me semblait être le paradis. Tout était comme dans les chants, ce n’était pas une imagination mais bien un vécu. Ayant déjà eu l’occasion de passer cette porte, je savais bien ce que je manquais en restant du mauvais côté.

Ce chagrin avec tous ces pleurs, cette détresse, purifient l’âme et le corps par la même occasion. Les mémoires, les tendances perverses sont éliminées par le souffle ou par les larmes, et bien souvent par les deux en même temps. C’est bien le but de la démarche Spirituelle, il faut se purifier pour pénétrer dans le royaume Divin. Ca ne se fait pas la fleur aux dents et le sourire en bandoulière. L’épuration est douloureuse mais soutenue en arrière plan par la présence Divine. Sans elle ce ne serait pas possible. Il faut parfois rester bien longtemps à la porte avant qu’elle ne laisse transpirer quelques effluves de ce qui est de l’autre côté. C’est de cette difficulté que nous parlent les chants dévotionnels ils nous animent par la même occasion en éveillant la dévotion.

La frustration est une compagne quasi permanente. Le désir d’atteindre la pureté qui elle seule peut combler le désir s’accompagne de frustration. La difficulté ne réside pas dans la frustration qui, si elle est tout simplement acceptée et vécue comme elle est et pour ce qu’elle est ne génère pas de négativité. Elle devient une compagne du désir, elle l’accompagne en permanence. Ce chagrin d’Amour est donc une expression du désir et de la frustration. Il devient souffrance lorsqu’il est refusé ou plus simplement non accepté.

Si le divin ne veut pas me donner cet amour, s’il ne veut pas m’apporter la satisfaction que j’implore alors mon ego réagit. Il réagit contre la frustration qu’il refuse d’assumer qu’il ne peut pas supporter de vivre. Les réactions sont différentes en fonction de la nature égotique de chacun. Une personne va se mettre à boire pour noyer son chagrin, une autre va se mettre en colère contre tout ce qui bouge, un autre va déprimer et s’enfoncer dans la détresse, un autre va chercher une compensation sous une forme ou sous une autre.

Personnellement, je me suis senti irrité, nerveux et grandement insatisfait après cette méditation j’aurais pu m’énerver ou devenir violent si je m’étais totalement laissé prendre par cette réaction. Autrement dit, si ma conscience s’était identifiée à cette frustration, à cet ego frustré et réactif. Ces énergies, ces forces de réactivité étaient palpables autour de moi.

La bonne façon de gérer cette situation était de laisser ces énergies se manifester intérieurement et simplement les regarder, les apercevoir sans se laisser mener par elles. C’est comme être pris dans une tempête et se laisser emporter par le vent jusqu’à devenir le vent lui-même. Au contraire il faut regarder et vivre cette tempête intérieure et rester enraciné dans la présence bienveillante envers soi et envers le monde. Ce n’est pas facile du tout, c’est un sport de haute compétition qui requiert un entraînement assidu. Poser sa conscience sur les désirs de manifestation égotique réactionnels, sans les encourager, sans les refuser, sans chercher à les maîtriser ou en faire quoi que ce soit est pour moi la méthode que je trouve la plus efficace. La lumière révèle l’ombre et la présence de la conscience dissout cette ombre, la lumière dissout les ténèbres. Toutes les réactions et les compensations ne font qu’alimenter les racines de la réactivité, elles leur donnent de l’énergie, de la nourriture, de la force et leur permettent de grandir. Il faut les confier à Dieu, à l’Être. Prenons un exemple pour illustrer ce point important. Vous avez un désir d’Amour Spirituel intense et vous ne parvenez pas à vivre cet Amour pur malgré tous vos efforts. Il se peut qu’après une tentative infructueuse générant une intense frustration, une réaction de colère germe en vous. Vous retrouvez votre mari ou votre femme et souhaitez compenser cet frustration par une tentative d’amour que l’on va appeler humain. Vous attendez de votre relation avec votre conjoint une satisfaction qui fasse diminuer votre frustration. Par manque de chance, votre conjoint est très occupé à autre chose et ne répond pas du tout à vos attentes. La colère qui avait germer en vous va redoubler et vous allez probablement l’exprimer en invectivant votre partenaire car vous le rendez responsable de votre frustration. Je pense que vous voyez ou est l’erreur, la méprise. Hors mis le fait qu’un amour humain ne remplacera jamais le désir d’Amour, vous vous mettez en colère lorsque votre conjoint ne répond pas favorablement. L’attitude juste serait d’observer la sensation de colère, de la vivre intérieurement sans la manifester en la projetant sur quelqu’un d’extérieur. Il ne serait pas bon non plus de sur compenser en allant se défouler dans une salle de sport ou en faisant des trous dans un mur avec un marteau. Cette sur compensation utiliserait l’énergie de la colère et la nourrirait. En fait il faut accepter de vivre cette sensation intérieurement en la regardant avec bienveillance et au bout d’un certain temps, avec quelques larmes peut-être, elle disparaîtra et laissera la place à un état plus paisible. Vous aurez par cet effort d’attention contribué activement à réduire les racines de la colère. Il faudrait donc accepter la sensation et en refuser l’expression extérieure sur un objet de substitution.

L’exemple ci-dessus illustre le processus des compensations à la frustration générée par le manque de conscience et de jouissance de la présence de Dieu en nous. Le principe de la compensation est de chercher dehors ce que je devrais trouver dedans. Dieu est en nous, inutile de le chercher dehors ou de compenser le manque par une recherche de jouissance extérieure. Si les femmes et les hommes de notre société pouvaient comprendre cela et l’appliquer, nous vivrions en paix et par la même occasion nous rétablirions immédiatement le déséquilibre qui rend notre société malade, perverse et souffrante. Tout le marketing repose sur ce principe, il fait croire que le bonheur est attaché à l’objet que l’on veux faire désirer. Nous tombons régulièrement dans le piège en achetant le dernier téléphone portable qui ne nous apportera pas plus que le précédent. C’est par cette attitude boulimique, compulsionnelle, réactionnelle que nous enrichissons les grands capitalistes et réduisons les autres à l’esclavagisme. Nous ne faisons pas mieux dans ce cas que nos ancêtres du moyen âge. Nous ne sommes pas plus heureux que ce soient les princes ou les serfs.

Serons nous capable de puiser dans les ressources du monde seulement ce dont nous avons besoin pour vivre simplement au lieu de vouloir toujours plus et toujours différent. Les mécanismes sont bien enracinés. La tâche est rude et pénible. Seul un intense désir peut nous aider. Ce n’est pas facile de vivre dans la sensation de manque qui est aussi la sensation de désir sans les compenser. Nous devrions l’enseigner à nos enfants dès le plus jeune âge. Cela n’empêche pas d’être heureux mais pas complètement. Il reste toujours un manque. Nous pouvons essayer également de n’attendre du monde extérieur que ce qu’il peut nous donner, un confort, un plaisir mais pas le bonheur absolu. Une démarche Spirituelle véritable peut nous aider. Bien des gens utilisent la spiritualité comme une compensation. ce n’est pas facile de s’y retrouver tout seul. Un guide ayant déjà parcouru le chemin est indispensable.

Le jour de Noël à l’Ashram d’Amma est un jour comme un autre. Comme tous les mercredi Amma donne son Darshan à partir de 11 heures jusque dans la soirée vers 9 heures quelques fois plus tard. Par contre la célébration de Noël s’est faite au cours de la soirée. Les résidents avaient préparé un spectacle musical retraçant l’histoire de la nativité de Jésus. Ce fut un bon moment. Amma applaudissait à chaque acte et visiblement était heureuse de voir ses enfants présenter cette pièce avec beaucoup d’enthousiasme. Une danseuse Indienne nous a offert deux belles danses traditionnelles.

Traditionnellement Amma a fait son Satsang de Noël. Elle a insisté sur le fait que chacun devait participer au changement dont le monde a besoin en s’intéressant aux autres et en aidant ceux qui en ont besoin. Elle nous a dit : la grange où Jésus est né représente notre coeur où il doit renaître en chacun de nous. Amma a parlé des grands Mahatmas, tels que Krishna, Jésus, et du rôle qu’ils ont à jouer sur la terre. En résumé, ils s’incarnent au moment où il est nécessaire de rétablir la balance entre l’égocentrisme et les valeurs naturelles. Pour finir Amma a chanté deux magnifiques Bahjans. A 18h30 nous avions déjà eu une séance de Bahjans avec Amma, l’énergie de dévotion était très intense.

Je n’ai pas compté mais nous devions être environ 5000 personnes. Chacun a pu recevoir sa part de gâteau au chocolat béni par Amma. Au lit à 1 heure du matin, fatigué mais plein d’énergie et heureux de cette belle soirée de Noël sans neige ni sapin. J’attendais mon cadeau de Noël comme les enfants. Je n’ai pas vu le paquet cadeau mais je découvrirai probablement le cadeau lui-même au fil des jours qui vont suivre.

Aujourd’hui c’est la veille de Noël. Je vous souhaite donc un très joyeux Noël, joyeux dans votre cœur quelles que soient les circonstances. Comme disait Swamini (renonçante ayant prononcé des voeux définitifs d’engagement) dans son satsang (enseignement) d’hier soir : « quoique vous fassiez, ça n’a aucune importance, ce qui compte c’est l’amour que vous portez et que vous apportez dans le monde. Faites ce qui vous plaît avec Amour. »

Voilà maintenant 5 jours que je suis à l’Ashram. Tout à changé depuis 1995,année de ma première venue, dans les apparences seulement.

C’est un village fait de maison et de building en béton décorés à l’indienne. C’est un chantier permanent, les ouvriers construisent des bâtiments, le village s’est développé, le terrain sur lequel les maisons sont construites s’est considérablement agrandi. Quelques maisons de villageois locaux subsistent au milieu des immeubles de l’ashram. Elles sont entourées par une clôture en béton, ce qui me fait penser à un village breton qui résistait à l’envahisseur Romain. En prenant un point de vue extérieur, ce lieu sacré se présente comme une fourmilière grouillante d’activité. Les gens se croisent, se frottent, s’accompagnent, se côtoient, se rencontrent, mais rarement se heurtent. C’est amusant de remarquer cela. Il y’a beaucoup d’activité mais pas de violence, de la force parfois mais sans agressivité. Certaines personnes manifestent du stress, de la fatigue, de l’énervement mais il semble que cela ne puisse pas se répandre à l’extérieur, cela ne peut pas contaminer l’ambiance fondamentale qui règne dans ce lieu. C’est la même chose avec le bruit, il y en a partout et tout le temps, on peut très bien chanter les bahjans (chants sacrés) avec le bruit de la bétonnière qui, mal graissée, tourne avec un bruit qui pourrait être assourdissant. Eh bien les chants prennent le dessus et le bruit de la bétonnière s’en trouve considérablement amoindri, il disparaît pour laisser la place à la beauté des chants. Chaleur, bruit, activité permanente, aspect d’un chantier de travaux publics, population en mouvement permanent, c’est bien là que je trouve le repos et le silence nécessaire à ma méditation.

Ce matin, comme d’habitude, j’ai commencé ma journée en me levant à 4h30 pour aller réciter les 108 noms d’Amma et les 1000 noms de la Mère Divine suivis du chant « Sri Mahisasuramardini Stotram » qui est un hymne au Guru et à la Mère Divine. Ensuite un petit Chaï (Thé au lait épicé) et me voilà parti en direction de la plage pour méditer avec le doux son des vagues, qui comme la Mère Divine viennent user les remparts de ma forteresse égotique. Quelques chants venus des temples extérieurs à l’Ashram remplissaient relativement discrètement l’ambiance sonore du lieu. Dans cette méditation j’ai rencontré le bruit, le vrai, celui de mon intérieur. Cette méditation fut une lutte permanente pour tenter de me séparer de mes colocataires. J’en ai repéré quatre dont je me serais bien passé et un seul que j’aurais bien voulu garder tout seul. Celui là je l’ai appelé « Lovely » (ici on parle anglais et c’est plus séduisant qu’en Français). C’est la saveur de l’Être, du Divin, De la mère Divine. C’est lui qui me comble de bonheur, c’est lui que je viens chercher ici, c’est lui qui un jour j’espère aura mis à la porte les autres locataires. Hélas les autres colocataires étaient bien bruyants aujourd’hui. Celui qui prenait le plus de place c’était « Brainy », ma machine à penser. Elle avait du prendre de la cocaïne ce matin. Je crois qu’elle ne m’a pas lâché. Le suivant c’était ‘Body » il représente l’ensemble des sensations désagréables que mon corps me procure. Ce sont des tensions, des crispations, des douleurs, des torsions, bref tout ce qui me dérange et me donne envie de partir ou de prendre un couteau pour enlever ce qui me gêne. Body m’empêche de rester dans la posture adéquate pour méditer. Il me donne envie de bouger pour me débarrasser de ces tensions, pour fuir la douleur, pour me sentir libre. Le suivant, dans l’ordre décroissant de gêne procurée, a été baptisé « Crapy ». Il regroupe toutes les sensations de crasse, de saleté, de glu, de mélasse, d’épaisseur, il a une odeur d’égout, la texture de la poisse. Il plonge l’intérieur dans la nuit et l’épaisseur. Il obscurci tout, pose un voile de noirceur sur tout ce qu’il envahi. Le dernier qui n’est pas si petit que ça c’est « Busy ». Il me donne toujours l’impression que j’ai quelque chose d’autre à faire qu’à rester là en méditation. A l’écouter je me lèverais d’un bon pour aller faire autre chose. C’est fou toutes les bonnes raisons qu’il a de vouloir me faire abandonner ma méditation.

Voilà donc mes compagnons de voyage. Ils étaient bien en forme ce matin. Deux heures n’ont pas suffi à les anéantir, à les remettre au lit pour qu’ils fassent un gros dodo à cette heure matinale, avec la fraîcheur de la brise marine et le doux chants des vagues. Curieusement un autre colocataire n’était pas réveillé aujourd’hui, c’est « Lasy » : vous avez deviné, c’est le paresseux, celui qui vous prend dans ses voiles et vous endort. C’est la fatigue, le plomb, l’inertie, la pesanteur. Il est capable de vous mettre la tête dans le sable malgré toute votre bonne volonté à vouloir rester dans la verticalité. Il alourdi les paupières et pose sa chape de plomb dans la tête. Je l’ai donc échappé belle car avec lui en plus je n’aurais jamais pu poursuivre mon exercice de méditation. Je trouve que malgré tout ça je m’en suis bien sorti, Lovely m’a accompagné et soutenu en permanence. C’est lui qui me donne la force, l’énergie pour continuer. Avec ma propre volonté pour seule énergie, je ne m’en serais pas sorti. J’aurais probablement capitulé relativement rapidement.

Tout le jeu de cette méditation consistait à ne pas donner d’importance aux colocataires, juste à Lovely, et garder la posture de méditation. Je me suis donc centré autant que possible sur cette saveur de l’Être. Cependant inlassablement ma conscience était reprise par les autres. Pour m’aider, j’ai répété mon Mantra (phrase sacrée qu’Amma m’a transmise). C’est incroyable de s’apercevoir combien il est difficile de le répéter sans être distrait, sans attacher d’importance à autre chose. Soudain on s’aperçoit qu’on est plus en train de le répéter. On s’est fait prendre dans d’autres filets. Alors il faut recommencer, reprendre la récitation centrer sa conscience sur la saveur de l’Être et ça repart pour un tour.

Le bruit qui dérange est bien celui de l’intérieur.

Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Tout ce que je sens c’est que je suis à ma place ici et maintenant. Mon programme semble s’orienter vers la méditation. On verra plus tard le menu qu’Amma aura concocté pour moi… Surprise…

Encore un très joyeux Noël dans l’amour, le partage, la simplicité, la joie, la beauté.

Je vais aller voir ce qui se passe au village, quelles sont les festivités prévues pour cette fête de Noël.

A bientôt….

Arrivée à l’Ashram d’Amma vers 3 heures du matin après 24 heures de voyage. C’est fou comme le temps passe vite. Je n’ai même pas eu le temps de trouver ça long. Patiemment j’attendais le moment où j’allais enfin revenir à cet endroit sacré. 19 années se sont écoulées depuis ma première venue. Entre temps je suis revenu une fois en famille avec femme et enfants et la dernière fois pour le cinquantième anniversaire d’Amma, c’est à dire 10 ans plus tôt.

Ma première visite, en 1995, fut décidée, comme cette année, sans aucune intervention de ma raison. Une soudaine impulsion a jailli en moi. Il était évident que je devais partir pour un séjour à l’Ashram, rien ne pouvait me retenir. Curieusement alors que je n’avais pas l’argent pour payer le voyage et assurer mes obligations financières, une nuée de patients est arrivée. J’ai obtenu exactement ce qu’il me fallait pour partir. Je n’avais même pas pu choisir les dates de voyage. Il restait une seule place pour un aller retour Paris Trivandrum. Il s’est avéré que ces dates correspondaient exactement aux dates nécessaires à mon parcours initiatique qui dura 18 jours. Je parlais très peu l’anglais à cette époque, si bien qu’il m’était difficile de me faire comprendre et obtenir des informations sur le fonctionnement de l’Ashram. Cela m’a permis de suivre une cure de silence. Tous mes pas étaient téléguidés, il n’y avait pas de place pour ma petite volonté.

Un jour peut être je raconterai dans le détail ce que j’ai vécu durant ces 18 merveilleuses journées. En quelques mots je dirais qu’Amma avait fait sa place dans ma personne à tous les niveaux, physique émotionnel et mental. Depuis, j’ai l’habitude de dire que ce n’est pas facile de mourir. Mon ego n’est pas mort totalement, il a cependant été infiltré jusque dans ses plus petits recoins où il sait si bien se cacher.

Après cette étape en 1995, l’Être a continué de prendre de la place, de consumer mon ego, mes tendances et mes mémoires.

Cette année, c’est donc de la même façon que je suis parti. Après une méditation matinale, il fallait que je parte à l’Ashram. c’était impératif. Sans aucune discussion j’ai pris mon billet d’avion, réservé une place à l’Ashram, et organisé mon emploi du temps. Quelques jours plus tôt je me demandais si un jour j’aurais encore envie de me rendre dans ce lieu. Je n’en avais pas envie et ne ressentais pas la nécessité d’y aller. Je n’aime pas faire de tourisme en ce qui concerne la Spiritualité. Y aller pour y faire un tour parce que c’est normal de se rendre dans l’Ashram de son Guru de temps en temps ne me tente pas du tout. Je ne suis pas de ceux qui suivent les règles. J’obéis plus volontiers à ma sensation, à mon intuition.

On pourrait facilement me rétorquer que je ne suis tout simplement pas conscient de ce que je fais et que je suis mené inconsciemment par mes propre désirs. Ce qui est juste si on écarte la possibilité que l’Être qui connaît la réalité et la justesse puisse nous guider jusqu’à produire des évidences à la conscience. En ce qui me concerne, après de nombreuses années de cheminement, il m’est possible de distinguer aisément la voix de l’Être et la voix de l’ego. Ceci m’est apparu progressivement, même pour des choses relativement simples et banales. Pour l’anecdote et pour illustrer cet aspect important de la vie spirituelle, je vous raconte une petite histoire de ma vie. Je manque plutôt de rigueur dans la sauvegarde de mes données informatiques. Un jour il me prit la soudaine envie de sauvegarder le disque dur de mon ordinateur. Allez savoir pourquoi, toutes affaires cessantes, je vais acheter un disque dur externe et sauvegarde mon ordinateur. C’est quelque chose que je pensais faire un jour et que je reportais à chaque fois. Cette fois je ne pouvais pas résister à cet ordre venu de mon intérieur. Cet ordre ne venait pas de ma bonne conscience ou de mon souci de protéger mes données. Le soir même mon ordinateur tombait en panne et le disque dur était irrécupérable. C’est dans la même orientation que je mène ma vie. Si je n’ai pas cette évidence, je ne prends pas de décisions qui pourraient conditionner ma vie sur une longue période. En attendant l’évidence, je cultive la patience et le discernement. Ce sont des qualités essentielles dans la voie spirituelle. Évidemment je n’écarte pas le fait que la raison, puisque nous en avons une, doit intervenir mais à bon escient. L’Être nous inspire en permanence mais notre conscience est prise dans la raison, la logique, le politiquement correct, le conditionnement médiatique et pourquoi pas religieux. Les autres conditionnements viennent de nos tendances acquises, dans les vies antérieures, dans notre éducation. Tout ceci produit nos goûts, nos préférences, nos habitudes en résumé nos attractions et nos répulsions.

A suivre….

Si au cours de l’année il y a des périodes particulières cela n’est pas contradictoire avec le fait que la transmutation s’opère pas à pas de façon constante. C’est point par point que l’être ré-informe toutes les parties de notre corporalité. J’entends par corporalité l’ensemble des éléments qui constituent notre personne humaine. Seul l’être est capable d’effectuer cette transmutation. On pourrait comparer en imaginant deux bases de données qui permettent de faire vivre le sujet; L’une est le mental, basé sur les acquisitions du passé, l’autre est l’être, basé sur la connaissance absolue, la nature. La première est une illusion la seconde la réalité. Dans l’évolution spirituelle, la connaissance se substitue progressivement au mental. L’ego qui est la conscience à laquelle sont attachés les attributs humains (ce qui le caractérise et lui offre des possibilités) se trouve sous la domination d’une base de donnée ou de l’autre. Actuellement nous sommes dans une phase de l’humanité où le mental est extrêmement prédominant ce qui conduit l’humanité vers une illusion de plus en plus importante qui est la source de toutes les souffrances. L’ego mentalisé veut être le maître et gouverner le monde et sa personne à sa guise. Le monde doit être conforme à ses souhaits, à ses exigences. Étant dans l’illusion, il lui est impossible d’imposer sa loi au-delà d’une limite fixée par les lois naturelles. Cette volonté égotique est extrêmement puissante. Lors de la transmutation, l’ego prend quelque peu conscience de ce qui se passe et souhaite y participer.

C’est un infernal petit bonhomme qui veut toujours tout faire, il est incapable de se laisser faire. Il faut qu’il participe, qu’il aide, il faut qu’il fasse quelque chose. Toute la difficulté est là car il doit se laisser faire totalement., Il n’a pas son mot à dire. Le seul qu’il puisse prononcer c’est « oui ».

Mais non, c’est vraiment très difficile. Combien de fois ai-je entendu cette fameuse phrase « je travaille sur moi », je n’ai presque pas entendu « je me livre à Lui ».

Lors des méditations, le sujet se place sur l’autel du sacrifice. Cela peut paraître prétentieux mais il n’en est rien, je m’en explique. Sacrifier signifie ici « rendre sacré ». C’est l’être qui sacralise le sujet pas à pas. L’ego, le sujet décide de méditer. Il se place comme il se doit, il se présente, s’installe sur l’autel et se livre aux pouvoirs de l’être. A partir de là il lui suffit de rester là et de se laisser faire non sans être parfaitement en conscience, éveillé et totalement désireux et acceptant.

La réalité prend le pas sur l’illusion, minutieusement. Comme un orfèvre l’être détruit et reconstruit le temple dans un même instant, pierre par pierre, dans tous les plans de la corporalité. C’est cela la transmutation, c’est la victoire de la nature sur l’illusion. Il n’en demeure pas moins que l’ego mentalisé voudra toujours se mêler de ce qui ne le regarde pas. La conscience éclairée par l’être saura reconnaître ses interventions. La discrimination permettra de distinguer ce qui est de la nature et ce qui est du mental. A ce moment seulement le poids de la conscience fera pencher la balance en faveur de l’un où de l’autre. Le poids d’une plume suffit à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. On ne peut pas imaginer le pouvoir de la conscience. La conscience est présence. Elle ne peut se défaire de ses attributs sans quitter l’incarnation humaine, elle y est toujours liée. Elle est donc liée également à l’illusion qui colore ses attributs.

N’est pas saint qui veut. Seule la transmutation sanctifiera le sujet, pas la volonté. On pourra avoir la volonté d’être transfiguré par l’être en sachant que c’est lui seul, l’être, qui sera l’opérateur de la transmutation.

Cela me rappelle un séjour que j’avais effectué auprès de mon Maître, Amma. A peine arrivé, il m’a été totalement impossible de faire quoi que ce soit de ma propre volonté. Tout ce que je voulais faire s’avérait impossible. C’est comme cela que pendant 18 jours j’ai été conduit pas à pas dans une transmutation radicale. Le chemin était étroit et parfaitement balisé sans qu’à aucun moment je ne reçoive des informations verbales par mon Maître. Lorsque je suis arrivé Elle m’a donné son Darshan, Elle ne m’a pas regardé dans les yeux mais Elle a regardé au dessus de ma tête en disant « Oh Oh ». Elle ne m’a plus du tout regardé au cours du séjour, j’ai pourtant développé toutes sortes de stratégies pour y parvenir mais ce fut impossible. Le dernier jour, juste avant de repartir Elle m’a pris dans ses bras pour un Darshan improvisé, elle a regardé au dessus de ma tête et a dit « Oh Oh » avec un immense sourire mais Elle n’a pas croisé mon regard. Ce qui devait être fait avait été fait. Elle m’a bien fait comprendre qu’elle n’était absolument pas intéressée par ce que j’étais, par qui j’étais; Elle n’était intéressée que par mon être.

Toutes proportions gardées, c’est se qui se passe en thérapie initiatique. La conscience traverse les couches créées par le mental pour s’approcher de l’être et permettre la transmutation par le surgissement de l’être. Je constate tous les jours combien il est difficile de se laisser faire. L’ego mentalisé a peur et il croit tout savoir. Alors, se laisser faire, est une affaire bien difficile. Chacun met sa limite et pourtant il est bien souvent indispensable de franchir cette limite. Ce sera une négociation parfois bien longue avant d’obtenir l’acceptation et le laisser faire. Il en est ainsi, c’est la vie humaine.